In hoc signo vinces
Les origines du couvent : des templiers à l'Ordre du Christ
L'histoire du couvent du Christ remonte à 1160, date à laquelle l'Ordre du Temple construisit une citadelle sur une colline surplombant ce qui deviendra, plus tard, le bourg de Tomar. Contrairement aux règles en vigueur pour l'implantation des grands monastères portugais, le couvent a été fondé sur un mont aride, où durant très longtemps, la seule eau disponible était celle que la générosité des pluies laissait dans les citernes.
Tout au long de son histoire, ce lieu fut intimement lié à la notion de Guerre Sainte qui fut au cur de la Reconquête chrétienne de la péninsule ibérique, au cours de laquelle se constitua le jeune royaume du Portugal. On la commémora en édifiant, en six siècles de labeur, l'un des plus grands ensembles monastiques européens. Gualdim Pais, maître templier fondateur du château de Tomar, avait servi durant cinq ans en Terre Sainte, ce qui explique que dès l'origine, les idéaux des Croisades étaient présents dans la forteresse. Ainsi l'oratoire en forme de rotonde évoque le mythe du Temple de Jérusalem et l'architecture de la forteresse les constructions militaires de l'Orient.
Jusqu'au XIVème siècle, les ordres militaires jouèrent un rôle déterminant dans la reconquête des territoires musulmans par les chrétiens et la formation des royaumes ibériques. Le roi du Portugal Don Dinis, le roi de Castille-Leon Ferdinand IV, et le roi d'Aragon Jaime II, s'appuyèrent sur les templiers pour accomplir leur mission. En 1312, l'Ordre du Temple était dissout et les biens des templiers entrèrent dans le giron des différentes Maisons royales. En 1319, grâce à une habile stratégie politique et diplomatique auprès du Pape Jean XXII, Don Dinis obtint que ces biens soient légués à un nouvel Ordre religieux militaire portugais : " l'Ordre de la Milice de Notre Seigneur Jésus-Christ ". C'est également Don Dinis qui, avec une grande perspicacité, inaugura la participation active de la famille royale aux destinées de l'Ordre du Christ.
De Don Henri à Don Manuel : un couvent au service de la monarchie absolue
En 1420, l'infant Don Henri, fils du roi Jean Ier, devient administrateur de l'Ordre du Christ. Avec les expéditions de découverte et de conquête de l'Afrique du nord et de la côte occidentale, la notion de Guerre Sainte resurgit à nouveau au Portugal. L'exploration de ces terres inconnues perpétua les idéaux médiévaux de chevalerie, défendus par l'Ordre du Christ et l'aristocratie. L'Ordre du Christ, dont les revenus ont été la principale source de financement des voyages outre-mer du XVe siècle, prit alors une importance particulière.
A Tomar, c'est sous l'administration de l'infant Don Henri, que naquit le premier couvent que nous connaissons à l'intérieur du château des templiers et que fut consacrée la distinction entre chevaliers et moines. A côté de la vieille rotonde qui subit quelques transformations, furent construits deux cloîtres gothiques, les appartements de l'administrateur et plusieurs dépendances.
Avec Don Manuel Ier, gouverneur de l'Ordre, puis roi du Portugal en 1495, le Couvent du Christ devint l'emblème du pouvoir impérial, tout particulièrement après la découverte de la route maritime vers l'Inde par Vasco de Gama en 1498. A l'aube de l'ère moderne, Don Manuel affirma le pouvoir absolu du monarque, à travers la réorganisation de l'administration publique, de l'ordre économique, législatif et judiciaire, et enfin la redéfinition du territoire national (notamment la délimitation de la frontière avec la Castille). Au début du XVIe siècle, le projet prend les contours d'un état de dimension intercontinentale et ambitionne de réunir les royaumes ibériques sous l'autorité de la Couronne portugaise grâce à une succession de liens dynastiques.
La redéfinition de l'image du monarque devant les nations participe à la consécration du pouvoir royal, avec l'élaboration de références symboliques de nature héraldiques, figuratives et narratives, à la signification souvent ambivalente. Tant dans la littérature que dans les arts plastiques, Don Manuel est représenté comme un empereur au destin divin et rédempteur, dont les attributs se confondent avec ceux du Christ.
Le Couvent du Christ a été choisi
par Don Manuel pour son attachement à l'esprit de Croisade,
et pour la place privilégiée qu'il occupait dans
l'épopée des Découvertes. Il y édifia
un programme inédit à la gloire de son règne,
avec la construction d'une grande nef adossée à
la vieille rotonde des templiers qui devint ainsi chapelle principale
sans cesser d'être une évocation de la Jérusalem
Céleste.